Dans un chaos généralisé d’une violence chaque jour plus insoutenable menant les foules à tous les extrémismes, nos sociétés s’écroulent et le monde éclate de tous côtés. Comme tout retour en arrière sera impossible, qu’on ne peut rien faire autre chose de d’aller de l’avant, plus que jamais continuons à nous rassembler, à nous raconter, à nous relier, à faire société, à nous inventer de nouvelles familles, à affûter nos armes pour affronter ce qui se passe dehors, ce qui nous attend encore devant.
Par armes, nous entendons mots et notes et rêves, corps et voix déployés et oser aimer encore.
En tant qu’artistes, nous avons eu l’envie, utopiste et poétique, d’oser penser un spectacle comme un remède, comme un acte de résistance pour continuer d’y croire malgré tout, comme s’autorisent à le faire les fous, les poètes, les inventeur·ice·s de lendemains.
Dans la tourmente, Boccace nous convie à jouer, à chanter, à raconter des histoires, pour « s’immuniser», pour ragionare (raisonner), pour sublimer l’opacité et les difficulté de son temps. A la noirceur de la souffrance, à l’incertitude et au désordre, il oppose la beauté de la création, la nécessité de survie.
Nous avons imaginé le Décameron comme une oeuvre totale, multi-sensorielle, poétique et politique, traversant les siècles, dépassant les modes, ancrée dans notre époque et s’adressant à nos contemporain·e·s. Le rêver sur le mode de l’opéra, c’est à dire en s’offrant un horizon large, traversant les siècles, dépassant les modes, et néanmoins ancré dans notre époque, s’est imposé.
C’est avec cette conscience que nous avons revisité ce chef d’oeuvre, en développant une méthodologie de travail propre où les arts s’imbriquent les uns dans les autres et où le projet grandit, porté par tous les intervenant·e·s qui le composent.
Par le mouvement, la croisée des styles, l’entrechoquement des langues, oser rencontrer nos fragilités qui sont probablement l’essence de notre humanité. Rencontrer le public, non pas en lui faisant la démonstration de nos talents, mais bien en l’invitant à vibrer ensemble.
Le monde est mort, vive le monde. Quelle sera notre Renaissance à nous? Quels phénix surgiront de ces cendres ?